Cartel des camions : 14 ans d'entente et 3,5 Md€ d'amende

Cartel des camions : 14 ans d'entente et 3,5 Md€ d'amende

Par Jérôme Rey · 3 novembre 2025 · 9 min

Autozenia publié le 3 novembre 2025 · la rédaction, notre méthode

En bref

  • Une entente illicite entre DAF, Daimler, Iveco, MAN, Volvo/Renault et Scania a duré du 17 janvier 1997 au 18 janvier 2011.
  • Les constructeurs contrôlaient plus de 90 % des ventes de camions de 6 à plus de 16 tonnes et fixaient des prix identiques.
  • La Commission européenne a infligé une amende record de 3,5 milliards d'euros le 19 juillet 2016.
  • Chaque camion a été vendu entre 5 % et 15 % plus cher, soit un préjudice moyen de plus de 10 000 € par véhicule, intérêts compris.
  • 600 000 transporteurs européens et des collectivités ont encaissé la facture.

Daimler, Volvo, Iveco, MAN, DAF et Scania : ces géants ont orchestré une entente illicite pendant 14 ans, du 17 janvier 1997 au 18 janvier 2011. Objectif : faire grimper les prix des camions de 6 à plus de 16 tonnes, sous prétexte de technologies antipollution. 600 000 transporteurs européens et des collectivités ont encaissé la facture.

La Commission européenne a sanctionné le cartel à hauteur de 3,5 milliards d’euros. Malgré les obstacles légaux en France, des recours existent pour obtenir une indemnisation.

Le cartel des camions, c’était quoi au juste ?

Un accord occulte entre les plus grands constructeurs européens, qui contrôlaient plus de 90 % des ventes de camions de 6 à plus de 16 tonnes. Ils fixaient des prix identiques, éliminant toute concurrence. Les cadres se réunissaient à Bruxelles, puis échangeaient par voie électronique après 2004 pour éviter les soupçons.

Le montage comptait deux volets. D’abord l’entente sur les prix de vente : des tarifs de base uniformes, aucune négociation possible. Ensuite la coordination sur les technologies antipollution : retarder l’adoption des normes Euro 3 à 6, puis répercuter les coûts sur les clients. La dénonciation par MAN en 2010 a ouvert les enquêtes, aboutissant aux sanctions record de 2016.

Quel a été l’impact concret pour les acheteurs de camions ?

Chaque camion a été vendu entre 5 % et 15 % plus cher, soit un préjudice moyen de plus de 10 000 € par véhicule, intérêts compris. Pour une PME de transport, cet excès représente des dizaines de milliers d’euros dépensés inutilement.

Si vous avez financé, loué ou pris en crédit-bail un camion entre 1997 et 2011, vous faites partie des 600 000 transporteurs européens touchés, dans tout l’Espace Économique Européen.

  • Les entreprises de transport routier, souvent des PME familiales
  • Les sociétés de BTP ou logistiques dépendant de camions pour leurs chantiers ou livraisons
  • Les collectivités locales avec leurs véhicules de voirie ou de distribution
  • Les artisans exploitant un camion pour leur activité quotidienne

Des plateformes comme Unilegion Trucks Claim ou Hausfeld aident ces victimes à réclamer leur dû, en mutualisant les démarches et en évitant les pièges juridiques qui ont freiné les premières actions individuelles.

La fin du cartel : sanctions et droit à l’indemnisation

Le 19 juillet 2016, la Commission Européenne a infligé une amende record de plus de 3,5 milliards d’euros à des constructeurs majeurs. L’existence d’un cartel est désormais un fait juridique : les entreprises n’ont plus à prouver cette collusion. La décision sert de preuve solide pour les 600 000 transporteurs européens.

Si vous avez acheté un camion entre 1997 et 2011, vous avez le droit de demander une indemnisation : entreprises de transport, flottes d’entreprises, indépendants. La compensation inclut la surfacturation subie, avec des intérêts cumulés sur plusieurs années. Des décisions en Espagne ou aux Pays-Bas montrent qu’une réparation est réalisable, notamment via des actions collectives.

Élément clé Détails
Période du cartel 17 janvier 1997 – 18 janvier 2011
Constructeurs impliqués DAF, Daimler, Iveco, MAN, Volvo/Renault, Scania
Véhicules concernés Camions de 6 à 16 tonnes (moyens) et plus de 16 tonnes (lourds), y compris les tracteurs et porteurs
Infraction reconnue Entente sur les prix et coordination du calendrier d’adoption des normes antipollution
Décision de sanction Commission Européenne, 19 juillet 2016
Droit des victimes Demande d’indemnisation pour la surfacturation liée au cartel

En Espagne, des indemnisations ont déjà été versées. Les actions collectives menées par des cabinets comme Hausfeld, représentant 450 000 camions concernés en Europe, offrent un modèle d’accompagnement concret.

L’évaluation des préjudices reste complexe : les analyses économétriques exigent des données historiques souvent absentes, comme les prix des camions hors période de cartel. En France, les tribunaux bloquent parfois les expertises judiciaires au motif de l’ancienneté des faits.

Se faire indemniser : un parcours du combattant, surtout en France

Évaluer le préjudice reste le principal obstacle. Comment prouver le « prix juste » qu’aurait dû payer un transporteur sans le cartel, alors que les ententes secrètes ont duré 14 ans ? Les expertises économiques, seules capables de modéliser un scénario « contrefactuel », coûtent cher et demandent des données souvent introuvables aujourd’hui.

Autre frein : les coûts élevés des procédures. Une PME qui poursuit plusieurs constructeurs européens doit s’acquitter de frais d’avocats, d’experts et de traductions. Beaucoup renoncent, surtout quand les camions concernés datent de 1997 à 2011.

  • Difficulté à évaluer précisément le surprix payé.
  • Coûts importants des expertises judiciaires et économiques.
  • Frais d’avocats et dépens potentiellement élevés.
  • Complexité des actions en justice impliquant plusieurs acteurs internationaux.

L’Espagne a montré la voie, avec des tribunaux qui ont fixé un minimum de 5 % de surprix par camion, facilitant les indemnisations.

Le tribunal de commerce de Lyon incarnait initialement l’espoir des victimes. Centralisant de nombreux dossiers, il a dû être dessaisi en 2025 après un doute sur sa partialité. La cour d’appel de Lyon a révélé que certains juges consulaires entretenaient des liens étroits avec des acteurs du cartel, comme Daimler (via Mercedes) et MAN : un juge avait travaillé dans une concession Mercedes, l’autre collaborait avec des avocats de MAN.

Contrairement à l’Espagne, où les jugements sont plus rapides, les tribunaux français ont souvent rejeté les demandes d’expertise, jugeant les méthodes « insuffisantes ». Une décision de 2022, rejetant 79 requêtes à Lyon, soulignait un « manque de preuve du lien entre le cartel et le préjudice ».

Pour aller plus loin, découvrez ce fait marquant de l’actualité judiciaire française qui remet en cause la crédibilité de certains tribunaux. Le dossier, transféré à Paris, pourrait inverser la tendance, mais les victimes attendent toujours. Le tribunal de Bordeaux a marqué un tournant en condamnant Daimler à indemniser des transporteurs. Ce précédent prouve que les obstacles juridiques ne sont pas insurmontables… à condition d’agir sans complaisance.

Que retenir de l’affaire du cartel des camions ?

Durant 14 ans, de 1997 à 2011, plusieurs grands constructeurs de camions se sont entendus pour fixer les prix de vente et reporter les coûts liés aux normes antipollution sur les acheteurs.

  • Une entente illicite : Les plus grands noms du secteur se sont coordonnés sur les prix et les délais d’adoption des technologies vertes.
  • Un impact direct : Les transporteurs et entreprises ayant acquis des camions durant cette période ont payé des prix artificiellement gonflés.
  • Une sanction exemplaire : Les autorités européennes ont infligé une amende historique de plus de 3,5 milliards d’euros.
  • Un droit à réparation : Les victimes peuvent désormais demander une indemnisation pour le surprix payé.

Des cabinets spécialisés et des fonds de financement aident désormais les entreprises à réunir les preuves nécessaires et à mutualiser les frais de procédure.

En France, la décision du tribunal de Bordeaux de 2023 marque un tournant : pour la première fois, un constructeur est condamné à indemniser les acheteurs. Ce précédent encourage les victimes à se mobiliser, même si les démarches restent complexes à cause des coûts et de la nature secrète des accords passés.

Qu’est-ce que le cartel des camions, et pourquoi a-t-il choqué l’Europe ?

Le cartel des camions, c'est une entente secrète entre les plus grands fabricants européens de poids lourds (DAF, Daimler, Volvo/Renault, etc.) pour fixer les prix de leurs véhicules entre 1997 et 2011.

Plutôt que de se concurrencer, ces géants se sont accordés sur des tarifs élevés et sur la façon d'augmenter les prix via les normes antipollution.

Le choc : une amende record de 3,5 milliards d'euros infligée par l'UE en 2016, preuve d'une pratique frauduleuse qui a touché des dizaines de milliers d'entreprises.

Ce qu'on garde : Le cartel des camions est une entente secrète entre les plus grands fabricants européens de poids lourds pour fixer les prix de leurs véhicules entre 1997 et 2011, sanctionnée par une amende record de 3,5 milliards d'euros en 2016.

Qui a souffert de cette entente, et comment ?

Les victimes principales : les entreprises qui ont acheté, loué ou pris en leasing des camions entre 1997 et 2011. On parle de 600 000 transporteurs en Europe, mais aussi de collectivités ou d’artisans.

Ces derniers ont payé des prix artificiellement gonflés, avec un surcoût estimé à plusieurs milliers d’euros par véhicule. Votre entreprise, si elle a fait un achat dans cette période, a peut-être contribué à enrichir ces constructeurs illégalement.

Pour les véhicules financés en location, il est utile de connaître la réelle différence entre LOA et crédit-bail avant de reconstituer son dossier.

Les transporteurs concernés peuvent aussi se pencher sur le leasing auto en entreprise pour leurs prochains achats.

Le terme « cartel », c’est quoi exactement ?

Définition : Un cartel est un accord entre concurrents pour s'entendre sur des points stratégiques, comme les prix ou les coûts. Ce n'est pas un simple échange de bons procédés : c'est une vraie conspiration économique.

Le mot « cartel » désigne un accord entre concurrents pour s’entendre sur des points stratégiques, comme les prix ou les coûts. Ce n’est pas un simple échange de bons procédés : c’est une vraie conspiration économique.

Dans le cas des camions, les constructeurs ont même synchronisé l’introduction des normes antipollution pour justifier des hausses de prix, ce qui a doublé leur profit à vos dépens.

Pourquoi ces chiffres 60-70-80 sur les camions ?

Sur les véhicules, ces mentions indiquent les normes Euro sur les émissions de gaz. Pendant le cartel, elles sont devenues un prétexte pour augmenter les tarifs.

Les constructeurs se sont entendus pour répercuter les coûts de mise aux normes sur les clients, sans réelle concurrence pour réduire ces frais. Chaque « Euro 3, 4, 5 ou 6 » a servi de justificatif pour faire grimper les prix sans justification réelle.

Le but d'un cartel ? Gagner plus d'argent en évitant la concurrence.

Mots d'un économiste

Quel est le but d’un cartel, en vrai ?

Le but d’un cartel ? Gagner plus d’argent en évitant la concurrence. Plutôt que de se battre sur des prix attractifs, ses membres se serrent la main pour se garantir des marges élevées.

Dans le cas des camions, l’objectif était de maintenir des tarifs artificiellement gonflés. Les constructeurs y ont fait de belles marges, au détriment des acheteurs et du marché libre.

À quoi sert un cartel, concrètement ?

Concrètement, un cartel sert à manipuler le marché. Les entreprises s'entendent pour contrôler des éléments comme les prix, les coûts ou les délais d'innovation.

Dans le cas présent, les constructeurs se sont accordés pour bloquer la baisse des prix et même augmenter les coûts via les normes antipollution. Objectif : verrouiller le marché, éliminant toute concurrence saine.

En gros, c'est une façon illégale de se garantir des profits faciles, sans se préoccuper de vos besoins en tant qu'acheteur.

Pourquoi certains membres trichent-ils dans un cartel ?

En théorie, les cartels tiennent grâce à la confiance entre membres. En pratique, la tentation de tricher est grande : un constructeur peut proposer discrètement des prix plus bas à certains clients pour augmenter ses ventes. C’est ce qu’on appelle « casser l’entente ».

Pourquoi ? Parce que les profits à court terme peuvent dépasser les avantages d’une entente fragile. En 2011, MAN a brisé le silence en dénonçant le cartel à l’UE, échappant ainsi aux amendes.

Quel est l’impact global des cartels sur l’économie ?

L’impact est massif : les cartels faussent complètement le jeu économique.

Pour les acheteurs, cela se traduit par des prix plus chers et moins d’innovation. Pour les concurrents honnêtes, c’est la porte ouverte à l’élimination pure et simple.

Pour l’économie en général, cela freine la croissance en étouffant la concurrence. Avec le cartel des camions, c’est toute une industrie, le transport routier, qui a été pénalisée, avec des coûts supplémentaires transmis à des milliers d’entreprises.

Ce dossier rappelle à quel point l'industrie automobile en Pologne, comme ailleurs en Europe, dépend d'un marché sain et concurrentiel.

Un cartel, est-ce un accord horizontal ou vertical ?

Oui, c’est bien un accord horizontal. En économie, un accord horizontal implique des entreprises du même secteur, ici les fabricants de camions, qui collaborent pour contrôler le marché.

À l’opposé, un accord vertical concernerait des acteurs de filières différentes, comme un constructeur et un fournisseur.

Ici, les six géants agissaient ensemble pour fixer les prix : le scénario typique d’un cartel horizontal. Daimler, Volvo et leurs partenaires ont formé une alliance secrète au détriment de tous les autres, y compris vous.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que le cartel des camions ?

C'est une entente secrète entre les plus grands fabricants européens de poids lourds pour fixer les prix de leurs véhicules entre 1997 et 2011. Plutôt que de se concurrencer, ces géants se sont accordés sur des tarifs élevés et sur la façon d'augmenter les prix via les normes antipollution.

Qui a souffert de cette entente ?

Les entreprises qui ont acheté, loué ou pris en leasing des camions entre 1997 et 2011, soit 600 000 transporteurs en Europe, mais aussi des collectivités ou des artisans. Ces derniers ont payé des prix artificiellement gonflés, avec un surcoût estimé à plusieurs milliers d'euros par véhicule.

Pourquoi certains membres trichent-ils dans un cartel ?

En théorie, les cartels tiennent grâce à la confiance entre membres, mais la tentation de tricher est grande : un constructeur peut proposer discrètement des prix plus bas à certains clients pour augmenter ses ventes. En 2011, MAN a brisé le silence en dénonçant le cartel à l'UE, échappant ainsi aux amendes.

Un cartel est-il un accord horizontal ou vertical ?

C'est un accord horizontal : il implique des entreprises du même secteur, ici les fabricants de camions, qui collaborent pour contrôler le marché. À l'opposé, un accord vertical concernerait des acteurs de filières différentes, comme un constructeur et un fournisseur.

Portrait de Jérôme Rey

Qui écrit ?

Jérôme Rey, rédacteur en chef d'Autozenia. Je pars des questions que posent les conducteurs et les motards, je consulte les textes officiels et les notices techniques, puis je vérifie chaque démarche pas à pas.

Avant publication, chaque article est relu pour vérifier les démarches, les délais et les références réglementaires. Les montants cités sont datés et renvoyés à leur source. Une erreur ou une précision à apporter : [email protected]